- Sujet : La thèse du libre arbitre est-elle indispensable à la morale?
- Concepts : La - these - du - libre - arbitre - est-elle - indispensable - a - la - morale - 5046 - liberte -
- Extrait du corrigé : Examen et critique du présupposé de
la morale absolue
On peut opposer à l'absolutisme de la citation
de Kant une perspective relativiste qui n'envisage pas le comportement moral
indépendamment de ses conditions de possibilité concrètes, et qui peut aller
jusqu'à faire de la morale une chose totalement contingente.
Nietzsche,
Humain trop humain
« Morale et moral. Être moral, avoir des
moeurs, avoir de la vertu, cela veut dire pratiquer l'obéissance envers une
loi et une tradition fondées depuis longtemps. Que l'on s'y soumette avec
peine ou de bon coeur, c'est là chose indifférente ; il suffit qu'on le
fasse. On appelle « bon » celui qui par nature, à la suite d'une longue
hérédité, donc facilement et volontiers, agit conformément à la morale,
quelle qu'elle soit (par exemple se venger ; si se venger fait partie, comme
chez les anciens Grecs, des bonnes moeurs). On l'appelle bon parce qu'il est
bon « à quelque chose » ; or, comme la bienveillance, la pitié et les autres
sentiments semblables finissent, avec le changement des moeurs, par être
toujours sentis comme « bons à quelque chose », comme utiles, c'est
maintenant le bienveillant, le secourable, qu'on nomme de préférence
« bon ». Être méchant, c'est n'être « pas moral » (immoral), pratiquer
l'immoralité, résister à la tradition, quelque raisonnable ou absurde
qu'elle soit ; mais c'est le dommage fait au « prochain » qui a été, dans
toutes les lois morales des diverses époques, ressenti principalement comme
nuisible, au point que, maintenant, le mot « méchant » nous fait tout
d'abord penser au dommage volontaire fait au prochain. Ce n'est pas entre
« égoïste » et « altruiste » qu'est la différence fondamentale qui a porté
les hommes à distinguer le moral de l'immoral, le bon du mauvais, mais bien
entre l'attachement à une tradition, à une loi et la tendance à s'en
affranchir. La manière dont la tradition a pris naissance est à ce point de
vue indifférente ; c'est en tout cas sans égard au bien et au mal ou à
quelque impératif immanent et catégorique, mais avant tout en vue de la
conservation d'une communauté, d'un peuple ; tout usage superstitieux, qui
doit sa naissance à un accident mal interprété, produit une tradition qu'il
est moral de suivre ; s'en affranchir est en effet dangereux, plus nuisible
encore à la communauté qu'à l'individu (parce que la divinité punit le
sacrilège et toute violation de ses privilèges sur la communauté et par ce
moyen seulement sur l'individu). Or, toute tradition devient continuellement
plus respectable à mesure que l'origine s'en éloigne, qu'elle est plus
oubliée ; le tribut de respect qu'on lui doit va s'accumulant de génération
en génération, la tradition finit par devenir sacrée et inspirer de la
vénération ; et ainsi la morale de la piété est une morale en tout cas
beaucoup plus ancienne que celle qui demande des actions altruistes.
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