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Extrait du corrigé : La première phrase fait donc de l'effacement du souvenir, de l'obscurité, du sommeil, de la perte de conscience, des nécessités impérieuses pour l'action (vitale) et l'organisme. La seconde phrase va prolonger et expliciter cette idée et cette manière de voir. Comment comprendre et envisager cet « homme qui voudrait ne sentir que d'une façon purement historique » ? Si l'histoire se définit comme la discipline ayant pour objet la reconstitution et la relation du passé des sociétés humaines, l'individu qui ressentirait les choses de manière purement historique serait celui qui serait littéralement submergé par le passé humain et absorbé en lui. Un peu plus haut, avant les lignes de Nietzsche ici proposées (il s'agit de la seconde des « Considérations »), le premier a ainsi décrit l'individu pensant de manière purement historique, sans aucun oubli du passé : « il s'arc-boute contre le poids toujours plus lourd du passé. Ce poids l'accable ou l'incline sur le côté, il alourdit son pas, tel un invisible et obscur fardeau ». Par opposition à l'animal qui vit d'une façon non historique (qui oublie aussitôt), l'homme porte un passé et peut envisager la mer immense du devenir. Observons bien que le terme utilisé ici est sentir, c'est-à-dire saisir de manière intuitive et affective. Or un homme tel, dont le « sentir » croulerait sous le poids du passé, aurait des traits communs avec un « insomniaque » : il manquerait d'obscurité, de pénombre, d'inconscience, de sommeil, ce dernier étant défini comme la cessation de l'état de veille et de conscience, comme l'état caractérisé par la suspension de cette dernière. Il aurait également des traits communs avec l'animal qui mâcherait sans arrêt des aliments revenus de l'estomac : toujours les mêmes souvenirs, toujours les mêmes aliments.
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Le devoir relève de la contrainte, de l’obligation. La mémoire, quant à elle, est une faculté partagée par l’homme et par certains animaux de rétention de perceptions sensibles. La mémoire sensible ne semble donc pas faire l’objet d’un devoir, mais serait plutôt d’ordre mécanique. En effet, nous n’avons pas l’impression d’obéir à un ordre lorsque surgissent en nous des souvenirs. Néanmoins, certains souvenirs ne se conservent peut-être pas automatiquement, et il faut savoir entraîner sa mémoire pour la faire fonctionner correctement. La mémoire relève donc bien alors de l’effort, et c’est ainsi que l’on peut parler de « devoir de mémoire ». Mais ne devrait-on pas permettre à la nature de faire son œuvre, en laissant libre cours à la mémoire de ne retenir que ce qui lui plait ? Qu’est-ce qui justifie que l’on doive lutter contre l’oubli ? La mémoire peut-elle faire l’objet d’une injonction morale ?
S’il y a un devoir de mémoire, c’est d’une part, pour conserver la trace du passé et instituer une histoire, d’autre part, pour reconnaître la dette contractée du présent envers le passé, et enfin, pour rendre justice et réparer les erreurs passées.
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