- Sujet : La conscience de soi suppose-t-elle autrui ?
- Concepts : La - conscience - de - soi - suppose-t-elle - autrui - - 775 - autres - conscient -
- Extrait du corrigé :
"La conscience n'est qu'un réseau de
communications entre hommes ; c'est en cette seule qualité qu'elle a été forcée
de se développer : l'homme qui vivait solitaire, en bête de proie, aurait pu
s'en passer. Si nos actions, pensées, sentiments et mouvements parviennent _ du
moins en partie _ à la surface de notre conscience, c'est le résultat d'une
terrible nécessité qui a longtemps dominé l'homme, le plus menacé des animaux :
il avait besoin de secours et de protection, il avait besoin de son semblable,
il était obligé de savoir dire ce besoin, de savoir se rendre intelligible ; et
pour tout cela, en 1er lieu, il fallait qu'il eut une "conscience", qu'il "sût"
lui-même ce qui lui manquait, qu'il "sût" ce qu'il sentait, qu'il "sût" ce qu'il
pensait. Car comme toute créature vivante, l'homme, je le répète, pense
constamment mais il l'ignore ; la pensée qui devient consciente ne représente
que la partie la plus infime, disons la plus superficielle, la plus mauvaise, de
tout ce qu'il pense : car il n'y a que cette pensée qui s'exprime en paroles,
c'est à dire en signes d'échanges, ce qui révèle l'origine même de la
conscience"
Nietzsche, Gai
savoir
Transition: Certes la conscience nous force à
distinguer notre être du monde cependant n'est elle pas paradoxalement le seul
lien avec ce même monde?
III Je dois m'extérioriser
pour revenir sur moi
A-Cela peut donc paraître
paradoxal mais la prise de conscience de mon être doit nécessairement être
réfléchie et cette réflexion implique que je m'éloigne de moi en allant vers
autrui pour y revenir.
Sartre
La conscience et le monde sont donnés d'un même coup : extérieur par essence à
la conscience, le monde est, par essence, contraire à elle. [...] Connaître,
c'est s'éclater vers », s'arracher à la moite intimité gastrique pour filer,
là-bas, par-delà soi, vers ce qui n'est pas soi, là-bas, près de l'arbre et
cependant hors de lui, car il m'échappe et me repousse et je ne peux pas plus me
perdre en lui qu'il ne se peut diluer en moi : hors de lui, hors de moi. Est-ce
que vous ne reconnaissez pas dans cette description vos exigences et vos
pressentiments ? Vous saviez bien que l'arbre n'était pas vous, que vous ne
pouviez pas le faire entrer dans vos estomacs sombres, et que la connaissance ne
pouvait pas, sans malhonnêteté, se comparer à la possession. Du même coup, la
conscience s'est purifiée, elle est claire comme un grand vent, il n'y a plus
rien en elle, sauf un mouvement pour se fuir, un glissement hors de soi ; si,
par impossible, vous entriez ' dans » une conscience, vous seriez saisi par un
tourbillon et rejeté au dehors, près de l'arbre, en pleine poussière, car la
conscience n'a pas de « dedans » ; elle n'est rien que le dehors d'elle-même et
c'est cette fuite absolue, ce refus d'être substance qui la constituent comme
une conscience.
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